Je n'ai pourtant pas l'habitude de donner des prénoms aux objets et encore moins aux vêtements.

Pourtant pour plusieurs raisons, ce pull méritait méritait bien le sien. 

Il y a deux ans, juste avant un long voyage un train, je passe à la boutique où je travaille depuis quelques jours, chercher du coton bleu dans le but de faire le pull Ouessant.

Le bleu a la couleur des yeux des amoureux, le pull le nom d'une île évoquant les souvenirs d'un temps où je vivais de près ou de loin en Bretagne. Et le train m'enmène vers l'ouest. Le choix était forçément bon. Non? 

Sauf qu'au fil du montage du tricot, toutes ces torsades associées à la couleur un peu vive, me plaisait de moins en moins, et le coup de grâce fut lorsque j'ai posé les 3/4 du devant sur moi. Ca n'allait pas. J'aillais quand même pas passer 100 h à tricoter un pull avec un motif sur 20 rangs et des torsades pour qu'il finisse aux oubliettes?

J'ai tout défait.

Puis je me suis relancée dans Quiberon. Avec les mêmes déconvenues.

Lasse, je l'ai abandonnée au fond du panier à tricot pendant 1 an.

Puis l'an passé, remontée à bloc et bien décidée à en finir avec les modèles au nom des villes de la côte ouest j'ai attaqué Royan. Arrivée péniblement à la seconde moitié du pull, ça n'allait pas plus que les deux premières tentatives. J'ai arraché l'aiguille à tricoter, roulé le pull en boule au fond du panier, et j'ai vraiment décidé de l'abandonner, et de ne plus jamais le voir.

 

Heureusement 2014 a pointé le bout de son nez en même temps que mes bonnes résolutions tricotesques : " finir mes " en cours".

Prise de remords devant l'abandon de ces 500 g de fleur de coton bleu jeans, je m'exécute à la fois à sauver les pelotes de l'orphelinat du fond du panier et dans le même temps à tenir l'honneur des résolutions existentielles du tricot.

Un dimanche matin, je cherche parmis tous mes catalogues, livres, et modèles Ravelry ce qui pourrait donner corps et nom à cette couleur sur ma petite taille. 

C'est  en relisant " Marius" de Pagnol, puis en tombant sur ce modèle dans mes vieux catalogues Phildar, que l'idée m'est venue.

 

J'imaginais les marins, le vieux port de Marseille, la petite vendeuse de coquillages. Ce petit pull rétro ( comment ça c'était facile de choisir un modèle " rétro? " ) irait parfaitement dans le décor.

C'était décidé une bonne fois pour toutes, ce coton finirai tout de même dans un tricot au parfum d'embruns.

Il sentirait la mer, le sel, les coquillages à dévorer,  les bâteaux et les vacances.   

Et j'ai jeté l'ancre ! 

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Pull marin rétro , modèle Phildar N°11, Catalogue Printemps/Eté 2011 N°50 

Fleur de coton Bleu Jean et Ecru de La Droguerie 

 

Ce ne fut pas une partie de pêche facile ni une traversée sans tempêtes. 

A commencer par le recalcul des échantillons. Le modèle était tricoté en 3,5 et 4,5 et le fleur de coton de la Droguerie je le tricote pour qu'il soit bien comme je l'aime en 4. 

De plus la  présentation du modèle vantait un petit air rétro notamment grâce à la forme trapèze du pull. J'ai tout de suite mesuré, moi, le potentiel " pull tonneau" sur mes formes et mon 1m 53. 

Je me suis donc appliquée  à convertir le "trapèze tonneau" en quelquechose de plus classique et plus cintré, et en ne conservant la forme d'origine qu'à partir des emmanchures. J'ai gardé le trompe l'oeil en jacquard, les fentes et rayures des manches et la goutte dans l'encolure dos. 

Ceci s'étant fait sans trop de difficultés, en quelques trajets de train, ( en même temps tricoter du jersey en enlevant 1 m de chaque coté tous les 8 rangs puis en les rajoutant c'est pas tout fou quand même ! ) je me suis dis bien trop vite que le reste coulerai de source, et que j'amarrerai très rapidement mon petit pull. 

Hummmm... ! 

C'était oublier mon entêtement à vouloir faire des calculs à la main sur mon carnet ( genre 227/ 56 * 23 ) le tout entre le train et le tram pas réveillée ou le soir à 23H. Evidemment je me suis plantée dans le calcul des diminutions d'épaules, je me suis aperçue de ma bêtise au moment où j'ai tricoté le devant, j'ai donc déjà projeté à ce moment là de défaire la fin du dos pour faire des épaules dignes. 

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Mais ça, à coté du calcul de l'encolure que je voulais comme dans la version de Mathilde moins serrée, c'était risible de facilité. 

Comme je suis quelqu'un d'assez têtue et dépourvue aussi de neurones quand je suis fatiguée, j'ai continué mes calculs en soirée et infatiguablement j'ai recommencé l'encolure devant puis donc comme écrit plus haut la fin du dos. 

Jamais deux sans trois, j'ai repris la même chanson pour les diminutions des manches, à cause d'un oubli de retenue, j'ai failli les défaire, mais j'ai fait appel au bon capitaine " Bidouille" en priant Dieu et le ciel de ne pas faire chavirer l'équipage au moment du montage. 

 Les Dieux divins de la mer et du tricot m'ont entendue ( ou je leur ai fait pitié avec mes additions ! )  puisque les manches correspondaient aux emmanchures. 

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Pour clore ma traversée, un soir en solo de la semaine dernière, " Marius" passait dans la fenêtre du téléviseur. Comme ce fut doux de finir le tricot avec Raimu. 

Le montage s'est ensuite fait dans le week-end sans presque trop de mal entre la version moderne de " Marius" puis " Fanny" ( oui oui, 3h pour le monter ! ) et un resto en amoureux. Au passage ces versions cinématographiques modernes me comblent bien plus en terme de décor évidemment que celles de 1930. Mais au niveau des acteurs aussi, seul Raimu parfait en César, pour moi est intouchable. Reste à dire que je pourrais lire et relire Pagnol, regarder les films en tricotant toute ma vie durant au regard des textes que j'adore. 

J'ai donc terminé la dernière couture " maille à maille" de l'encolure, j'étais arrivée à quai, zappant la pose des boutons sur les conseils de mon Homme ( Oui, l'Homme parfait a pris le soin et le temps de me dire qu'il " était beau mon petit pull marin" mais que je n'avais plus " l'âge des boutons dans les coins" .... et il a aussi regardé les films avec moi... !) et les finitions au crochet parce que j'en avais ras le pompon, et j'étais pressée à la fois de descendre du bâteau et d'enfiler le pull. 

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Ce petit pull, après tout ce voyage méritait bien son petit prénom référence à Marcel Pagnol qui m'a accompagnée durant la conception et réalisation, et de plus il verra bien la mer cet été ( mais pas la Méditérannée de Fanny...)  entre La Rochelle et l'Ile de Ré ! 

Vu qu'il reste du coton bleu couleur des yeux des amoureux, y aura t'il des petits " Marius" et " Fanny" pour mes petits marins d'eau douce ? Peut être... 

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