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J’écoute ses chansonnettes le matin dans le tramway, en cuisinant ou enmmitouflée dans ma couverture flocons en tricotant.

J’aime cet homme. Trapu, bourru, tendre, à la verbe argotique drôle. J’aime le velours et le vieux pull dont dépasse un col à carreaux. J'aime sa fantaisie, sa singularité et ses jeux de mots. 

Il me rappelle parfois un autre Georges : mon papi Jojo qui avait en plus du même prénom, aussi cette malicieuse bonhomie.

Il suscite parfois des pensées plus féminines, plus amoureuses.

J’aime sa poésie et sa description de l’instant. J’aime ses histoires d’amour faites de quelques heures.

J’aime ces voyages solitaires, mon casque vissé sur les oreilles où nous nous retrouvons lui et quelques bouts de ma vie, sous la pluie, sous son parapluie-paradis en chantonnant. 

Un soir d’automne, j'avais rendez-vous avec le mec et quelques intimités de mon cœur. Celles de la petite fille, la " bleue" que j’étais sautant sous les genoux de mon grand père ou de celles de la femme que je suis devenue au fil des histoires vécues, imaginées ou racontées. 

Informée juste à temps par un ami de la diffusion de l’émission consacrée à Tonton Brassens, je me réjouissais.

Dans le train du matin (quand je vous disais que toutes les histoires débutent dans le train, et que bien plus qu’un mode de transport, c’est pour moi de précieux moments de ma vie…) je revoyais une photo de Brassens sur la plage, dans un gros gilet en laine. Je pensais aussi à la bleue, aux bleus et au bleu.J’écoutais une de mes chansons pref’ de pref’ du bonhomme qui conte les frayeurs bien intentionnées de sa voisine. La dame,  esseulée et effrayée par l’orage, vient un soir frapper à sa porte.S’en suit alors et on s'en délecte  une nuit unique, sincère, tendre et mutine au creux des bras forts du goupil.

La superposition des images et des mots dans ma caboche m’inspirait un gros gilet bleu orage et féminin.

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Il fallait ensuite trouver les patrons et fils qui subviendraient aux besoins du tendre délit inspirant.

L’attente ne fut pas trop longue.

Fidèle à mes habitudes, je suis allée quérir 500 g de laine bleue dans l’antre de la Droguerie où habitent mes copines. 

D’une petite promenade récente chez de Rerum Natura j’avais rapporté et accroché sur mon tableau «  inspiration tricot » ce modèle de gilet mixant féminité et rusticité. Un mélange de torsades, points ajourées et finitions larges côtelées.

 J’ai, en ce soir d'automne,  expédiée la marmaille au plumard et je me suis installée sur mon canap fleurie, le butin au bout des aiguilles et de mes doigts. Gardant les yeux tantôt rivés sur le "guide âne" tantôt sur la vie défilant du tonton Georges à travers l'écran de télévision, je me suis mise à l'ouvrage. 

Bien sûr, il a fallu plusieurs rendez-vous au fil des mois sur le canapé fleuri pour confectionner le précieux lainage. Réconfortant, excitant, apaisant, j'ai aimé toujours retrouver la laine douce mais sèche et les technicités du modèle. 

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Gilet Monte Rosa de Rerum Natura

Taille S 

Surnaturelle bleu de Prusse et Indigo

Boutons cuirs

Le tout, La Droguerie

 

Techniquement la construction de ce gilet est très plaisante.

Il se tricote en un seul morceau en commençant par l'encolure. Vient ensuite l'empiècement puis le corps. Les manches sont tricotées en rond. Le tricot se termine par la réalisation des bandes cotelées du col et des pattes de boutonnage. Les torsades et les côtes du motif apportent le rustique, les jours la féminité. Le point mousse permet de se reposer et se laisser aller à la douceur de ce point complètement régressif. 

Je développe petit à petit une certaine allergie aux tricots construits "à la française"… Tricoter deux carrées en jersey et y joindre deux rectangles pour les manches m’ennuie profondément.

J’aime, à ma plus grande surprise, laisser des mailles en attente, les reprendre, les tricoter en rond… J’aime les détails de ces finitions compliquées. Les montages bonneteries et les motifs sur 37 mailles et une dizaine de rangs s’alternant avec la simplicité et la douceur du point mousse.

Cette qualité de surnaturelle et cette couleur, qui m’ont touchée en plein cœur il y a bien longtemps sont toujours très agréables pour les mirettes et le bout des doigts.

 J’ai tricoté la taille S. Je le voulais assez près du corps pour être chauffant.

J’ai aussi raccourci la longueur de 7 cm pour correpondre à mon m 50…

 Je le porte souvent avec cette jupe tulipe en laine réalisée dans les chutes d’une veste en devenir… Cousue en un après-midi elle fut aussi rapide à coudre qu’efficace à porter.

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Jupe tulipe d'un vieux burda ( 2011?) ... taille 38 

Lainage bleu-gris rapporté d'un boui-boui de la rue d'Orcel lors de ma dernière virée parisienne

Wellies noires Aigle 

 

Reste une fois l’ouvrage terminé, le bonheur de se serrer les jours de froid dans la chaleur de son gilet près de la fenêtre du train . Des instants rustiques et doux qui,  comme une chanson de Brassens, sont un petit coin de paradis et ajoutent la petite étincelle à la, déjà, si jolie vie ordinaire.

 

Charlotte