Ce sont des amies, presque des douces habitudes les marinières de l'attente

Elles se tricotent pour moi comme se serrent les doigts des menottes sur le mouchoir des filles qui attendent leur marin. 

J'attendais. 

L'attente de ce mois de Février me rappelait une soirée du même mois, quelques dizaines d'années plus tôt,  dans les rues humides de Poitiers. Une soirée où nous avions oublié nos vestes, où mon pull écru tout doux avec un empiècement en dentelle se mêlait aux rayures de sa masculine marinière. 

J'attendais que le gardien du phare allume la lumière. 

J'ai repris de la laine oubliée dans mon panier, je suis allée chercher le complément dans l'antre de tous mes vices ( nommée la Droguerie)  et j'ai dégainé les soirs où je ne tirais pas à l'épée; mes aiguilles. 

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Marinière de l'attente 

D'après le modèle d'Hélène Magnusson, Fimmvörðurháls

Modifications personnelles 

Duvet d'anjou " Crème Fraiche" et " Vitelotte en purée" , Plumette écru et océan, Voilette " Bulles de Champagne" pour l'empiècement et les poignets 

La Droguerie 

Aig 4,5 et 5 

J'ai réassocié l'image de ces pulls-overs mêlés, entrelacés qui marchaient des étoiles dans les yeux. Ces bouts de laines qui s'aimaient et qui filaient dans les rues de Poitiers de la " Goule" * à la rue Saint Denis, en passant par la rue Emile Faguet. 

Une marinière de ma caboche est née. Un pull de filles, à porter sur mon short à festons pour sortir  boire des bières  ou sur un jean en anim' dans la vraie vie.  

J'attendais. 

Pas le marin inspirateur qu'on attend plus, et qui depuis 7 ans déjà avait pris la mer infinie et noire, celle dont on ne revient pas.

En lui faisant un clin d'oeil à travers les étoiles, j'ai ajouté un fil brillant, comme l'étoile filante qu'il était,  dans l'empiècement et dans les bords côtes des manches. 

J'attendais et dorénavant je tricotais en souriant, essayant de garder le cap de bonne confiance. 

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Le pull monte bien, tricoté en 5 pour le corps et 4,5 pour l'empiècement et les bords côtes. Les montages " bonneteries" donne la tenue, et cela turlipine un brin le "neurone tricot " comme le motif de la dentelle très plaisant à réaliser. 

Un matin, mon casque vissé sur mes oreilles dans le tramway, j'ai aperçu au loin le phare et son gardien, me faire un sourire. Et j'ai souris de toutes mes dents. 

Je n'ai plus attendu. 

J'ai troqué ma chemise à carreaux contre la marinière fraichement détachée de mes aiguilles, mes bottes contre mes boots à étoiles cloutées( presque filantes) , et mon épée contre un sac à dos. 

J'ai laissé tous mes doutes, mes maux et mes mots sur le quai et en sortant d'anim', un vendredi soir,  je suis montée dans un train direction la mer. 

J'ai fait escale à Poitiers... au pays de ma dame bébé préférée et au pays où je suis née. 

J'ai retraversé la rue Emile Faguet, la rue Saint Denis pour retrouver un jardin aux plantes et des souvenirs. Intacts et joyeux. Le temps qui passe ne garde que les clins d'oeil des étoiles filantes dans un coin du coeur et et laisse s'envoler les douleurs comme les papillons. 

Au loin... envolée la vieille corpo démollie et la jachère de la vie, bonjour les travaux... et le renouveau, en ce printemps,  de la chanson de la Vie. 

L'escale douce terminée, j'ai repris mon sac à dos et la route. Y'avait la fille d'une nouvelle chanson de Renaud qui m'imitait dans mes oreilles et c'était chouette. 

Poitiers-Nantes-Redon-Auray-Quiberon... J'ai croisé un autre jardin botanique, des chocolats chauds, L'histoire de Valentine* , des monsieurs et des croques-monsieur... 

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On the sea drive, au coin des zincs...

Avril 2016

 

Arrivée enfin sur l'île de Houat, la marinière sur le dos comme  on enfile ses plumes de canard* dans cette histoire, il n'y avait plus que des étoiles filantes et des plantes à observer, la pluie fine à  savourer... l'instant à vivre et la liberté.

Liberté et bonheurs d'être guérie de bien des maux, d'être arrivée sur l'ile attendue, espérée et de partager les embruns salés d'un rhum et bien de chouettes mots au coin du rade d'un resto*... Celui des copains. 

Charlotte 

 

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Le bout du chemin, Ile de Houat, 14 avril 2016 

* La " Goule" : Bête légendaire vivant dans le Clain de ma chère ville natale qui a donné son nom à un bar-boite tout aussi célèbre dans ce qui fut aussi ma ville d'étudiante. Désigne également en patois poitevin ou le visage ou la bouche. Illustré par l'exemple : " Va donc te débarbouiller la goule" ; " tape donc ta goule ! " 

* L'histoire de Valentine est l'histoire d'une fille qui vit en alsace, qui bosse avec les mômes, elle joue de la guitare, tricote, coud et lit de la poésie. Elle aime les roulottes, les chats, la nature, la confiture, et un mec "imprévu" qui débarque un soir d'orage dans sa vie.  Elle a été écrite par Agnès Ledig et on ne regrettera pas plus tard d'avoir dévoré ce bouquin ! 

* Houat se dit " Houad" en breton ce qui signifie " canard".

* "Mettre ses plumes de canard " : expression de mon entourage. S'imperméabiliser. Se protéger. Laisser les mots et les maux glisser... comme l'eau sur les plumes de canard... 

*  Le resto des copains :  Hotel- Restaurant des Iles sur l'Ile de Houat : http://www.restaurant-des-iles.fr

 

 

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