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Plage du moulin de la bosse, Ile de Noirmoutier, Août 2015 

 

Pour une fille d'ordinaire et de nature impatiente, cela inspire un sourire... mais le tricot est une excellente thérapie.

Cette passion me contraint, quasi quotidiennement, à faire preuve de cette vertue nommée Patiente et me pousse, paradoxalement, à la sagesse de L'attente.

L'attente d'un rafraichissement. Nous sommes début juillet. Il règne dans toute la France une chaleur du diable. Je bosse en horaires décalées. Installée en pleine après-midi sur mon canapé bleu à fleurs, une citronnade sur la table, je sors alors mon butin : une pelote écrue et sa copine la bleue marine. Dans le tram climatisé qui me ramène du jardin, j'ai griffoné vite fait un croquis de marinière d'été. J'ai sauté du tramway à "Homme de Fer" et j'ai tracé à la Droguerie. Mes copines m'ont prise pour une dingue : par cette canicule, je dois être la seule cliente de la semaine à acheter du fil à tricoter.

L'attente d'une " réponse" face à un souci de la vraie vie. Toujours sur le même canapé par les après-midis caniculaires, je monte les mailles de la marinière qui prend vie ailleurs que sur un griffon d'un bout de ticket de carte bleue. Je les compte, les recompte et les compte encore. Comme dans la chanson de Rose qui défile dans mes oreilles. Comme les jours. Comme les clopes que je fume moins. Je compte, pas à rebours. Je regarde les mailles s'aligner joliment sur l'aiguille et entame, patiemment, le premier rang. Je me concentre sur ma respiration et je joue avec le fil de coton : cela me détend...et mes pensées s'apaisent.

L'attente des vacances. Mes copines-collègues y sont déjà. Dans le train, au réfectoire, ou calée dans mon fauteuil tard dans la soirée puis dans la nuit chaude de l'été devant le visionnage d'une série-téléfilm bien inavouable, j'enchaîne les rayures, les diminutions et les augmentations.   Six rangs d'écru, deux rangs de bleu marine. La marinière prend corps... et m'aide à attendre le moment prochain où sur le quai je sautillerai en pensant " it's holidays".

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Holidays

Marinière d'après le modèle " Port Blanc" MCI Juillet/Août 2015 pour La Droguerie

Réduction de la longueur dos, montage des raglans sans coutures, encolure resserrée

Fleur de coton Ecru et Marina et boutons corozo marine pour La Droguerie

Taille S , aiguilles 3,5 et 4  

Photo Clémentine 

L'attente de l'air marin. En Alsace, pas un brin de vent, hormis celui des ventilateurs que je croise de temps à autre. J'ai terminé le devant, le dos et les manches la nuit dernière profitant d'une insomnie devant la fameuse dite série toujours aussi inavouable. C'est la dernière semaine en Alsace, "it's holidays" pour de vrai et la semaine prochaine je serai quelque part à l'ouest le nez au vent. J'ai mis tous les morceaux du tricot sur une grande aiguille circulaire et j'entame les raglans façon " sans coutures". Je marque avec précision les repères... Je doute : l'ensemble me semble un brin " long" aussi bien au niveau de la " carure" qu'au niveau de la longueur de la " pelure"... Je pense à Anémone avec son tricot dans le  célèbre "Père Noël ..." et je ris. ( aux éclats). 

L'attente de la route vers l'Ouest. C'est l'Homme qui conduit le nouveau véhicule familial. Ils sont immenses tous les deux. J'ai une place de choix dans l'habitacle de l'un et l'autre habite mon coeur. Pour patienter sur la route et au péage au milieu de tous ces abrutis de parigots, je sors mon tricot. Je poursuis les raglans... Je souris lorsque mon mari me dit " au moins je suis certain que tu n'es pas enceinte... puisque tu tricotes dans la voiture sans avoir envie de vomir". En franchissant le pont de l'Ile de Noirmoutier, j'ai presque fini : il me reste l'encolure et les coutures.

L'attente de la porter in situ. Ca y est nous sommes au bord de la mer et dans la petite maison aux volets bleus et au charme désarmant. En rentrant de la plage ou du marché, je m'active...sur les coutures. La mine un peu déçue mais sans surprise je me confronte au non-résultat  :  mince, elle est évidemment bien trop longue, l'encolure est bien trop large ( je perds la marinière au niveau des épaules) et il manque encore quelques rayures au coeur de la poitrine pour que l'ensemble soit esthétique. Je défais ce que patiemment j'ai monté lors des 10h trajet. En doutant. Vais-je y arriver ? Cela ressemble de plus en plus à l'échec d'un pull tonneau plutôt qu'au doux rythme de croisière d'un jolie voilier...

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Ile de Noirmoutier, la petite maison aux volets bleus, L'Epine, Août 2015 

L'attente de se relever  et de relever les mailles en même temps que soi et de reprendre la barre. J'ai recommencé les raglans, simultanément rajouté les rayures au corps, détricoté le bas du devant et du dos, remonté toutes ces mailles. Je suis bien en forme et même l'annonce d'une détérioration météorologique sur la façade atlantique n'entamme ni mon moral, ni ma forme olympique retrouvée, ni ma détermination à en découdre avec ces coutures et rentrage de fil de rayures ! ( 60 fils à rentrer... quelle dingue !)

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Plage des dames, Ile de Noirmoutier, Août 2015 

L'attente des instants de bonheur. J'ai enfilé la marinière ! Elle tombe impec' ou presque. ( Nul n'est parfait...)  Les éléments au dehors sont déchainés. Je regarde par la fenêtre la pluie et le vent s'abattre sur le champ d'en face. Les garçons sont partis à Intermarché. Clémentine pour tromper l'ennui de ne pouvoir sortir joue avec mon téléphone à " prendre des photos".  Le soleil revient, nous sortons en famille. Le soir, je découvrirai ce cliché de la marinière réalisé par Clem' au milieu de ses selfies-grimaces et portraits de figurines.

 

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Par la pluie et le vent, photo by Clémentine à mon insu, Ile de Noirmoutier, Août 2015 

L'attente de l'inspiration nouvelle. La  fameuse marinière m'accompagne sur la plage de Noirmoutier lors de cette dernière balade en solitaire. Elles ( the both) m'en inspirent une autre.

L'attente de revoir la mer. Aujourd'hui, je LA porte et la nouvelle en devenir, en laine, plus chaude et de forme plus cintrée  court sur mes aiguilles. J'espère qu'au creux de l'hiver, chaudement amarée à mon corps, elle m'aidera à supporter le manque cruel et m'armera de patiente jusqu'au printemps !

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Plage du moulin de la bosse, Au revoir...  N.O, Août 2015  

 

Bonne rentrée,

Charlotte