Réaliser un rêve, c'est magique. 

Et pourtant, chacun le sait comme c'est difficile à raconter les rêves. 

Ce n'est jamais pareil que dans le sommeil. 

Et pourtant, celui-ci je l'ai vécu toute éveillée... Un vrai conte de fée en plein milieu de ma vie. 

Je n'ai jamais bien réfléchi à comment ce serait quand je me marierai quand j'étais petite. A vrai dire, jusqu'à 25 ans, je faisais carrément mon " anti" dès que j'entendais parler de mariage. Je trainais les pieds pour chercher les tenues à porter lors de ces occasions lorsque j'étais ado, les mariages auxquels j'ai assisté ne m'ont pas spécialement mis des étoiles dans les yeux, et l'idée de l'engagement me donnait envie de fuir en courant à l'autre bout de la planète. 

Et puis à 25 ans, j'ai arrêté ma crise d'ado au moins concernant le mariage, je suis devenue maman aussi et par la même j'ai appronfondi ma pratique de la couture. 

Pendant des années j'ai cousu des sacs, des trousses puis des vêtements pour bébés. Et puis j'en ai eu marre, ou plutôt j'ai eu envie de progresser. J'ai commencé à me coudre mes vêtements à la suite de mon passage à la Droguerie. J'en tirais beaucoup de satisfaction, et surtout cela m'a permis de porter ce que je veux, à la bonne taille du premier coup, et de façon original ou du moins pas porté par " tout le monde" . Au fur et à mesure des 3 années qui viennent de passer, la mode fut très ouverte " au vintage" et aux patrons indépendants puisant l'inspiration dans le rétro. Tout pour me contenter en bonne adoration que je porte aux romans et autres films corsetés. En bonne adoration aussi que je porte aux chandails, robes et chemisiers sortis tout droit d'un livre de Régine Desforges. Les motifs à fleurs, les coupes près du corps, les coiffures, la féminité de ces années là m'ont toujours fascinée et me fascinent toujours autant d'ailleurs. 

C'est lors d'une petite virée annuelle à Paris que j'ai commencé à me lancer sur " LE" chemin. 

Suite aux recommandations d'une copine, j'ai décidé d'aller voir l'Expo " La mécanique des dessous". J'en suis ressortie enrichie et subjuguée. Je ne connaissais pas l'histoire du sous vêtement et je n'imaginais pas l'influence que cela pouvait ou peut avoir sur la silhouette. Couplé à mon coté nunucho-romantique j'ai commencé à mesurer le potentiel hautement technique de l'objet corset. 

Monter des manches, faire des fronces, décalquer un patron, c'est bien, mais j'avais envie de passer à autre chose, et cet autre chose il s'appellait CORSET. 

J'ai commencé alors à suivre le travail de Claire, puis à pinterester des tableaux autour du corset. 

En septembre dernier, un mois avant de décider de nous marier, j'ai sauté sur l'occasion de participer à un atelier toujours autour du corset. 

Je ne savais pas bien quelle serait la première occasion de m'en coudre un, mais une chose était certaine, j'allais m'en coudre un. 

Oui ça parait vraiment nunucho romantique mais quand finalement j'ai répondu " Quand? " à mon fiancé parfait du canapé lorsqu'il m'a demandé " Chérie, on se marie ! " " l'autre chose" est venu peupler non seulement mes nuits , mes rêves mais aussi mes projets. Me marier en corset ? Tu parles d'un rêve ! Est ce qu'il allait prendre corps et réalité? 

J'ai envoyé un mail à Claire et l'aventure a commencé pour de vrai. 

Lors du " premier rendez-vous" dans l'atelier de Claire, j'étais à la fois super excitée, impatiente et hyper intimidée. Claire a été, comme tout au long de l'accompagnement d'un soutien et d'une générosité exemplaires. 

Autour de mes croquis, nous avons alors choisi la " forme" du corset et  les étoffes de la " robe". 

 

croquis

 

 

Croquis réalisés sur le carnet du fond du sac tricot...

Pour le corset nous avons choisi, suite à l'atelier,à ma morphologie et mes envies un corset de forme "edwardienne". C'est une forme couvrant la poitrine et dont les hanches sont soulignées par des " goussets". Pour le tissu ce serait une soie sauvage ivoire, un tissu précieux mais brut à la fois dont ce dernier coté me faisait penser à L'Homme. 

A ce stade nous en sommes restés là concernant les étoffes et la forme que nous avions mis en parrallèle avec notre histoire, mes envies : des matières fluides , vaporeuses, l'hiver, la neige, les paillettes de la reine des neiges... 

La plus grosse étape de la réalisation était ce qui allait suivre :  le patronnage, la mise à mes mesures et la réalisation de toiles. 

J'avoue qu'à part pour m'amuser lors d'un sew-along, je n'avais jamais fait de toile et je trouvais cela alors saugrenue. J'avais une petite idée de la mise à mesure du patron, mais je ne pensais pas que dans la corseterie cela fut aussi technique. Je n'y serai bien sûr jamais arrivée seule. Et Claire a beaucoup travaillé pour m'aider et le rendre mien. J'ai appris lors de cette étape à me servir d'un perroquet ! J'en avais jamais touché un en vrai ! C'est fou, maintenant je ne peux plus m'en passer, et je me demande bien comment j'ai fait pendant tout ce temps pour traçer mes patrons à main levée. 

1508989_10205209293822153_6426367345484076439_n

 

 

Patronnage et mise aux mesures avec Claire Brandin avec l'objet de tous les fantasmes ! 

Ensuite, j'ai réalisé ma première toile. Moi qui maitrise plutot bien la couture, je me suis prise une " belle claque". Je ne me rendais absolument pas compte du travail que cela allait me demander et de la technique. Heureusement d'ailleurs que je n'avais pas ce sens de la mesure, sinon je pense que j'aurais eu vraiment peur et que jamais je ne me serais lancée. J'en ai bavé pour ces deux toiles, surtout pour la première. J'ai dû recommencer dix fois le montage du gousset tout ça pour arriver à premier résultat disons... pas terrible. 

IMG_1823

 

Décalquage ! IMG_1825

Découpage ! IMG_1827

Traçage des marges de couture 

IMG_1829

 

Réalisation de la première toile

J'ai ensuite compris que j'avais oublié de marquer un repère. Ces fameux petits traits dont parfois je me fiche éperdument dans Burda. Dans le prêt-à-porter cela n'a pas d'importance mais en lingerie, c'est primordial et absolument essentiel. 

Pour me donner du courage et parce que je n'avais que cela sous la main, la deuxième toile ( qui fut la bonne !) a été réalisé dans un merveilleux tissu bleu ciel avec des lapins. L'Homme s'est demandé si j'étais sérieuse mais a repris couleur humaine lorsque je lui ai expliqué que c'était " un brouillon". 

DSCN1374

 

Essayage de la deuxième toile " petits lapins"

J'ai vu le moment où Claire allait me demander de faire une troisième toile, heureusement les fêtes de Noël approchaient et une trève s'imposait pour ensuite repartir de plus belle. J'ai donc fait une pause de 15 jours dans la réalisation du corset, j'ai pris l'air iodé en amoureux et entre copains et j'ai dévoré un roman corseté " Adèle et moi". ( Je vous le conseille : c'est délicieux). 

IMG_1929

 Pause iodée à Noirmoutier et ouverture des huîtres !

Et passé ce petit intermède sur l'île de Noirmoutier il a fallu remonter en selle sur le corset pour la réalisation dans les " vrais" tissus ! Huhu comme m'a dit l'Homme quand je lui ai expliqué le rôle de Claire, corsetière dans mon projet." Ah oui en fait c'est une coach de corset ! Elle est là pour te dire " allez huhuhu le corset ! " Moui... presque.

En attendant, je faisais moins " huhu" et j'ai bien cru devenir chèvre pour de vrai avec ce coutil satiné et ces coutures rabattues !

Le corset est composé de " 3 couches". Un tissu d'extérieur en soie et goussets réhaussés de tulle pailleté, l'armature du corset en coutil satiné cousue en coutures rabattues dans lesquelles sont insérées les baleines, et une doublure en popeline de coton " toute simple". A chaque tissu, il a fallu épingler, traçer les marges de coutures adéquates, couper, assembler.  Cela peut paraître " easy" à lire mais à faire, cela l'est moins ! J'ai beaucoup appris. J'ai beaucoup progressé notamment en précision et marquage des tissus, dans la préparation avant la couture et dans les coutures des parties arrondies. 

IMG_1914

 Traçage sur la soie sauvage 

IMG_2087

Réalisation de l'armature en coutil satiné 

IMG_2088

Coutures rabattues 

IMG_2086

 

Soie sauvage et goussets en tulle pailleté

Une fois les 3 parties cousues, il a fallu les assembler, poser le busc ( partie en métal permettant l'ouverture et la fermeture du corset sur le devant) pour ensuite insérer les baleines. Cette étape fut réalisée dans l'antre de l'atelier de Claire, fin janvier. C'était tellement chouette d'être 3 filles, et de bosser " corset". 

Je suis ensuite partie quelques jours à Poitiers pour un séjour " entre filles" où nous avons cousu, bricolé, brunché, rigolé. J'ai profité de ce séjour pour clore les finitions : c'est à dire insérer les baleines préalablement limées et poser à la main les rubans bas et hauts de finitions. 

IMG_2093

 Pose du ruban haut 

IMG_2102

 Fin de pose du ruban haut 

IMG_2115

Insertion des baleines ! 

IMG_2119

 

Pose du ruban bas

Au retour de ce petit séjour faisant office " d'enterrement de vie de jeune fille" qui s'est déroulée au son du thé et des copines, il ne restait plus qu'à poser les oeillets, le lacet dos et faire l'essayage... ! Ouah, j'y étais presque, le rêve devenait réalité : je m'étais cousue un corset de princesse digne d'un conte de fée !

Je me suis mise en route pour " ma dernière séance". J'étais triste et nostalgique et en même temps super heureuse d'y être arrivée. Triste parce que c'était le dernier " cours" auprès de Claire, que je n'aurais plus ces petits rendez-vous hebdomadaires ou quasi, et puis aussi parce que c'était la fin de la réalisation. Mais j'étais impatiente de le porter !

WP_20150206_004 (1)

Pose des oeillets et du lacet

 

Après une heure à lutter avec une machine à oeillets puis une pince, une grande papoterie avec Claire et la pose du lacet, j'ai enfin pu le porter !

 

 

WP_20150206_007

 

Je suis tombée dans les bras de Claire, émue et heureuse. Et bien plus qu'une aventure de couture ou de mode, cet accompagnement fut une aventure humaine qui m'a permise de révéler une part de ma féminité au plus près de mon corps ! C'était fabuleux le corset !

A bientôt,

Charlotte.

WP_20150206_009